04 nov. 2026

Lutte anti-sous-marine : Thales accélère la dronisation

Après la guerre des mines, les drone partent désormais à la chasse aux sous-marins. À Euronaval, Thales présente une nouvelle génération de solutions conçues pour multiplier les capacités de détection et faire travailler plateformes habitées et autonomes en réseau.

  • Lors de REPMUS 2025, expérimentation de mission de lutte anti sous-marine, planifiée avec le système de gestion de mission M-Cube pour la lutte anti sous-marine. ©Thales/Eloi Stichelbaut/PolaRyse.
  • e-POC Centre d’opérations portable, intégrant le système de gestion de mission M-Cube, ici pour la lutte contre les mines. ©Thales/Adrien Daste.
  • Hélicoptère NH90 de la Marine nationale équipé du sonar trempé FLASH. ©Anthony Pecchi.

Après la guerre des mines, les drones s’attaquent désormais à l’un des défis les plus complexes de la guerre navale : la détection, le pistage et la neutralisation des sous-marins, tout en limitant l’exposition des équipages. À la différence des mines, qui constituent des menaces essentiellement statiques et passives, les sous-marins sont des adversaires mobiles, furtifs et capables d’adapter leur comportement. Faire face à une telle menace impose de repenser en profondeur les capteurs, le niveau d’autonomie des systèmes et la coordination entre les différents moyens de lutte anti-sous-marine.

« Dans le domaine de la lutte anti-sous-marine, les exigences sont différentes. Il faut de l’endurance, de la vitesse, mais aussi pouvoir travailler en réseau pour surveiller une large zone et poursuivre un contact sonar dans la durée », acquiesce l’amiral (2S) Xavier Baudouard, directeur de la stratégie, du marketing et de la politique produit au sein de la Business line « Under Water Systems » de Thales.

L’expérience acquise avec Pathmaster, système dronisé de lutte contre les mines fourni aux marines française et britannique dans le cadre du programme MMCM (Maritime Mine Counter Measures et connu en France sous le nom de SLAMF pour Système de Lutte Anti-Mines Futur), constitue un premier socle. Mais la lutte anti-sous-marine (ASM) constitue cependant une étape supplémentaire, qui requiert des avancées spécifiques en matière d’autonomie, de prise de décision et d’acoustique, notamment pour les communications avec les drones sous-marins.

Des sonars conçus pour les drones

La détection acoustique reste au cœur de la lutte anti sous-marine. Thales dispose d’une gamme de sonars permettant d’équiper tous les types de plateformes, du sous-marin au bâtiment de surface, en passant par les hélicoptères et les avions de patrouille maritime. Le sonar trempé FLASH, un sonar actif immergé dans l’eau depuis un hélicoptère en vol stationnaire, et les sonars actifs à immersion variable de la gamme CAPTAS équipant les unités de surface, sont parmi les systèmes les plus diffusés au monde. Plus de 500 sonars FLASH équipent 18 marines, dont françaises et américaines. En 2025, Thales a célébré la commande du 100e CAPTAS, plébiscité par 19 marines à travers le monde.

Thales cherche désormais à transposer cette expertise aux plateformes autonomes, avec des capteurs nativement adaptés à leurs caractéristiques opérationnelles. Présenté à Euronaval, Blue Sentry illustre cette évolution. Ce sonar passif à antenne linéaire remorquée de faible diamètre est destiné notamment aux drones de surface et aux véhicules sous-marins autonomes.

Optimisé pour les contraintes d’emport, d’énergie et d’endurance propres aux systèmes autonomes, Blue Sentry offre aux drones de surface et sous-marins une capacité de détection discrète et persistante. Cette approche permet de maximiser la durée des missions tout en élargissant le spectre des opérations de lutte anti-sous-marine réalisables par des plateformes non habitées. Contrairement au sonar actif, qui émet une onde acoustique pour localiser un contact et en déterminer la distance, le sonar passif écoute et analyse les bruits dans l’eau.

Le sonar passif permet de rester discret tout en fournissant des indications sur l’azimut du contact et sa possible identité via l’analyse de sa signature acoustique. Il ne permet cependant pas de connaître instantanément la distance du contact et nécessite du temps pour obtenir une route, vitesse et distance du contact suffisamment précise pour pouvoir l’attaquer.

« Le passif permet de travailler sur la signature acoustique du sous-marin tout en restant discret mais sans aucune indication immédiate de distance. L’actif apporte de son côté des informations essentielles sur la position du contact, mais alerte immédiatement le sous-marin qui peut réagir avant d’être détecté. Il demeure un moyen efficace pour lutter contre les sous-marins modernes très discrets et faire peser une menace latente sur tout type de mobile sous-marin », résume Xavier Baudouard. Les deux technologies sont donc complémentaires.

Par ailleurs, Blue Sentry a la capacité de recevoir et traiter les émissions sonars, notamment de la gamme CAPTAS. Il peut donc être utilisé au sein d’un réseau multistatique activé soit par une frégate, un bâtiment d’opportunité (type « supply ship ») ou un drone équipé d’un émetteur de sonar actif. Cela permet de coupler les avantages du sonar actif à ceux du sonar passif et de couvrir ainsi une zone plus importante grâce à la multiplication des récepteurs.

Autre développement, le LDS ou « Light Dipping Sonar » est un sonar trempé léger destiné notamment aux drones aériens à voilure tournante (hélicoptères). « Nous passons progressivement de l’adaptation de produits existants à la conception de sonars nativement pensés pour les plateformes dronisées », précise l’ancien commandant de la Force d’action navale. La démarche concerne aussi les plateformes de surface plus importantes. Thales travaille à rendre la famille CAPTAS plus modulaire, afin de pouvoir les installer sur des bâtiments à équipage réduit ou sur des grandes plateformes autonomes.

Vers une lutte ASM distribuée

L’efficacité des capteurs repose aussi sur la transmission des informations recueillies. Frégates, hélicoptères, drones de surface, drones aériens ou véhicules sous-marins autonomes doivent pouvoir contribuer à une même situation tactique. « La lutte anti-sous-marine est un domaine très intégré : le combat collaboratif repose sur la capacité à mettre en réseau les différents capteurs et à exploiter leurs informations au sein d’un même dispositif, alors même que les communications avec les drones sous-marins restent difficiles », souligne Xavier Baudouard.

C’est justement le rôle de M-Cube, ce système de management de mission initialement développé pour la guerre des mines et adapté à la lutte ASM, permet de planifier les missions, coordonner les vecteurs et réorienter leur mission en fonction des perceptions obtenues. L’enjeu est particulièrement important pour les drones sous-marins, avec lesquels les communications restent difficiles, et qui peuvent traiter une partie des informations à bord pour ne renvoyer à terre ou vers les unités au-dessus de la surface que les essentielles, limitant ainsi la bande passante nécessaire pour le réseau de communication.

« Le drone doit progressivement être capable d’analyser son environnement, de détecter les contacts pertinents et d’adapter sa mission », insiste Xavier Baudouard. Or, cela implique de développer des capacités autonomes de détection, de classification et de génération de pistes pour permettre au drone de connaître la situation tactique sous-marine autour de lui et de développer des capacités autonomes de reconfiguration de sa mission, pour pouvoir pister un contact sans nécessairement attendre des ordres venant d’une unité à terre ou au-dessus de la surface. Pour traiter cette masse de données, l’intelligence artificielle (IA) joue ici un rôle crucial. Dédiée aux systèmes critiques, cette dernière est développée avec le soutien de CortAIx, l’accélérateur d’IA de Thales.

Des essais qui passent à l’échelle opérationnelle

Ces capacités sont désormais confrontées au terrain. Lors de l’exercice REPMUS, consacré à l’expérimentation de systèmes maritimes autonomes, Thales a notamment expérimenté des drones aériens capables de déployer des bouées acoustiques et des drones de surface pour la détection sous-marine. En 2026, Dynamic Manta, un exercice de lutte anti-sous-marine de l’OTAN, a permis de poursuivre ces travaux avec un drone de surface équipé d’un prototype du LDS. La prochaine étape consiste à valider l’ensemble de la chaîne : drone, sonar, système de mission et opérateur doivent fonctionner comme un ensemble cohérent.

04 nov. 2026

Directeur de la publication
Guillaume Merveilleux du Vignaux

Rédactrice en chef
Aude Leroy

Journalistes
Pascal Samama
Linda Verhaeghe

Direction de la communication
Muriel Masiero

D.A. / Coordination
Matthieu Joëssel

Photos / Médias
© Anthony Guerra
© EURONAVAL – SOGENA