04 nov. 2026

4 questions au Général Fabien Mandon

Chef d'état-major des armées

Général, vous êtes chef d’état-major des armées. Quelle place accordez-vous aux enjeux maritimes ?

Les enjeux maritimes occupent une place stratégique centrale. La mer est un espace d’échange, un espace riche, fragile, qui lie les continents et les peuples. Mais la mer est devenue un espace de confrontation, de compétition entre puissances et d’affirmation des souverainetés. Elle conditionne notre liberté d’action, notre capacité de projection et notre crédibilité stratégique. Elle est aussi un espace de vulnérabilité, comme l’illustrent la protection des infrastructures sous-marines et la sécurisation des routes maritimes. Sa maîtrise est essentielle. Notre Marine vient de fêter ses 400 ans. Elle fait l’objet d’investissements importants pour poursuivre la défense de nos citoyens, de notre souveraineté, et de nos intérêts

Euronaval est le plus grand salon naval militaire international. Quelle importance revêt-il aujourd’hui et pour les années à venir ?

Euronaval est bien davantage qu’une vitrine technologique. C’est un rendez-vous stratégique qui rassemble les armées et les industriels autour de la préparation de la puissance maritime de demain. La supériorité opérationnelle se construit dès aujourd’hui dans les entreprises et les centres de recherche. Nos besoins sont exigeants : modernisation de nos équipements et de notre dissuasion, lutte anti-drones et maîtrise des nouvelles technologies. Euronaval est un lieu privilégié pour confronter les besoins opérationnels aux capacités d’innovation de l’industrie. J’attends aussi d’Euronaval des solutions industrielles productibles rapidement, à bas coût et en grande quantité si besoin. C’est un changement nécessaire et attendu par les armées.

Quels sont les trois grands défis de la Marine nationale ?
Ils rejoignent largement ceux de l’ensemble des armées françaises. Le premier est d’accélérer la modernisation de notre outil militaire, entamé il y a dix ans car le contexte international se dégrade plus rapidement que prévu. Le deuxième est de préparer un engagement de haute intensité, en renforçant nos stocks de munitions, en accélérant la dronisation de nos capacités et en durcissant notre préparation opérationnelle. Le troisième est de réussir notre transformation numérique, notamment par l’intégration de l’intelligence artificielle, afin de conserver notre capacité à comprendre, décider et agir plus rapidement que nos adversaires.
Auriez-vous un message pour les industriels du domaine ?

Je veux tout d’abord leur dire ma confiance et saluer le savoir-faire de nos entreprises. Cela repose sur des femmes et des hommes passionnés sachant réaliser ce que peu d’États dans le monde savent faire. Mais je veux aussi leur faire mesurer que nous devons changer et nous adapter à un monde qui évolue vite.

La résilience de nos armées ne peut se concevoir sans celle de la Nation. Nous avons besoin d’une industrie de défense capable d’augmenter rapidement ses cadences de production, grâce à des chaînes d’approvisionnement françaises ou européennes, souveraines et robustes. Nous avons toujours besoin de « high tech » pour nos futurs bâtiments de combat, mais nous avons un besoin vital de capacités moins sophistiquées, pouvant être produites rapidement, en masse et à un coût maîtrisé. Des systèmes d’information ouverts, interopérables et évolutifs, permettant des adaptations rapides au contact des réalités opérationnelles, seront essentiels. Nous devons construire ensemble notre capacité à produire, à durer et à innover.

04 nov. 2026

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