04 nov. 2026

4 questions à Alice Rufo

Ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants

Vous avez lancé une initiative pour fédérer les start-up de la Défense et faciliter le dialogue avec le ministère des Armées et les acteurs du secteur. Où en êtes-vous aujourd’hui, notamment dans le domaine naval ?

J’ai lancé l’Initiative Start-up Défense en juin 2026, en marge d’Eurosatory, en lien avec la DGA, l’AID (Agence de l’Innovation de Défense) et l’ensemble de l’écosystème de défense. L’objectif était de fédérer les entreprises innovantes, de renforcer leur dialogue avec le ministère des Armées et des Anciens combattants et les acteurs du secteur. Cette initiative rassemble aujourd’hui une quarantaine d’entreprises dans les principaux secteurs d’intérêt pour la défense : drones, robotique, IA, spatial, guerre électronique, capteurs etc. L’un des enjeux majeurs pour ces acteurs est celui du passage de l’innovation à la production, en rapprochant les technologies développées par les start-up aux besoins opérationnels de nos armées. Il s’agit concrètement de renforcer les échanges entre les start-up, les armées et l’ensemble de l’écosystème de défense ; pour cela il faut faciliter l’accès aux dispositifs existants de financement (au niveau français via la Banque Publique d’Investissement et européen via la commission) et soutenir le développement de ces entreprises à l’international. C’est pour cela que j’ai par exemple embarqué des start-up de l’initiative lors de mon déplacement en Ukraine en septembre dernier, il en sera de même pour mon prochain déplacement en Estonie. Concernant les start-up, je vais profiter de leur présence à Euronaval pour aller à leur rencontre. J’aurai également l’occasion d’échanger avec certaines d’entre-elles dans le cadre d’un déjeuner.

Auriez-vous des cas concrets d’avancées pour certaines start-up dans le domaine naval militaire ?

Plusieurs entreprises de l’Initiative Start-up Défense développent des technologies qui répondent aux besoins de nos forces navales, et sont d’ailleurs présentes à Euronaval. Dans le NewSpace, des entreprises comme Unseenlabs et Kinéis développent des capacités satellitaires qui permettent de mieux surveiller les espaces maritimes, de détecter et de suivre les navires – notamment ceux qui cherchent à échapper aux dispositifs classiques de surveillance – et de renforcer ainsi la lutte contre les trafics et les activités illicites en mer. Dans le domaine de la robotique navale, Exail développe des drones de surface et sous-marins capables de détecter, d’identifier et de neutraliser les mines qui menacent les navires et les voies de navigation. Ces technologies sont notamment mises en œuvre dans le cadre d’un programme de coopération entre la Belgique et les Pays-Bas, associant Exail et Naval Group, afin d’équiper les marines belge et néerlandaise de nouveaux bâtiments de lutte contre les mines.

Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels les industriels de la défense devront faire face dans les années à venir ?

J’identifie quatre défis principaux. Premièrement, la montée en cadence industrielle. Nous devons produire davantage, plus rapidement, sécuriser nos chaînes d’approvisionnement et, plus généralement renforcer la résilience de notre BITD. Deuxièmement, l’accélération des cycles d’innovation. La guerre en Ukraine et les tensions croissantes au Moyen-Orient démontre que les technologies et les modes d’action évoluent extrêmement vite. Nous devons être capables d’intégrer plus rapidement les innovations technologiques dans les domaines des drones, des systèmes autonomes, de l’IA ou encore de la guerre électronique dans nos capacités opérationnelles. Troisièmement, le passage à l’échelle ; c’est ce qui ressort de mes échanges avec les entreprises de l’Initiative Start-up Défense. Il ne suffit pas de développer des prototypes performants, ce que nous savons faire, mais il faut aller plus vite dans leur expérimentation, leur industrialisation et leur production en série, en renforçant notamment les coopérations entre start-up, PME, ETI et grands groupes. Enfin, la coopération européenne et l’accès aux marchés internationaux seront déterminants pour permettre à nos industriels d’atteindre la taille critique nécessaire à leur développement et de mutualiser les investissements.

Quels messages voulez-vous envoyer aux industriels de la défense à l’occasion d’Euronaval ?

Saluer l’excellence de notre industrie navale de défense, qui constitue l’un des piliers de notre souveraineté et contribue au rayonnement de la France dans le monde. Nous disposons d’un savoir-faire industriel et technologique unique, qu’il nous faut préserver et renforcer. Il faut continuer à accélérer la montée en cadence industrielle, les besoins opérationnels sont là, l’effort budgétaire engagé dans le cadre de la loi de programmation militaire votée en 2023 et réactualisée cette année est considérable et les commandes suivent. Les industriels doivent désormais investir, renforcer leurs capacités de production et prendre les risques nécessaires pour répondre aux besoins de nos armées, dans une logique de responsabilité partagée avec l’État. Pour cela il faut cependant accélérer les cycles d’innovation et renforcer les synergies entre grands groupes et start-up. Les technologies évoluent à une vitesse sans précédent, je l’ai encore vu lors de mon déplacement en Ukraine, leurs innovations sur les drones évoluent presque chaque mois. C’est pour cela que les briques technologiques développées par nos start-up doivent pouvoir s’intégrer plus rapidement aux systèmes et aux grands programmes d’armement portés par les grands industriels, dans une logique de complémentarité et non d’opposition. Enfin, il faut faire de la coopération européenne un levier de puissance industrielle. Face à l’ampleur des défis capacitaires et technologiques, nous devons renforcer les partenariats entre industriels européens, développer des programmes communs et consolider des chaînes de valeur européenne. C’est une condition fondamentale pour atteindre la masse critique nécessaire et demeurer compétitifs à l’export, mais aussi pour limiter notre dépendance et renforcer notre souveraineté à l’échelle européenne.

04 nov. 2026

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