05 nov. 2026

Ampera imprime en 3D le premier réacteur nucléaire au monde : la défense et l'IA en ligne de mire

Une start-up de Floride présente une première mondiale : un module de réacteur nucléaire entièrement fabriqué en impression 3D. Derrière la prouesse technique, un pari industriel assumé sur les data centers d’IA, la défense et le maritime, porté par une sûreté pilotée par intelligence artificielle qui ne manquera pas d’interroger.

Brian Matthews, fondateur et PDG d’AMPERA au centre d’innovation de l’entreprise à Palm Beach Gardens à l’occasion du dévoilement du premier module de réacteur nucléaire imprimé en 3D
© Ampera

C’est au sein de son centre d’innovation de Palm Beach Gardens, en Floride, que le module a été présenté, le 1er juillet dernier, devant plus d’une centaine de personnes réunies pour l’occasion : élus locaux, chefs d’entreprise et employés d’Ampera. Le fondateur et PDG, Brian Matthews, a lui-même effectué le dévoilement du dispositif devant une sphère de carbure de silicium entièrement imprimée en 3D, intégrant à la fois le cœur du réacteur et sa cuve sous pression.

Selon Brian Matthews, cette réalisation pose les bases d’une production nucléaire construite en usine et fabriquée en série, la technologie de fabrication additive employée démontrant une voie commerciale claire pour l’arrivée accélérée de cette nouvelle technologie sur le marché.

Une architecture technique inédite

Ampera développe des systèmes de microréacteurs subcritiques à base de thorium, denses en énergie et ne nécessitant pas de rechargement en combustible. Le cœur du réacteur, une structure sphérique monolithique de type gyroïde, est imprimé en carbure de silicium et conçu pour fonctionner jusqu’à 30 ans sans rechargement. Le combustible repose sur des particules Triso (tri-structural isotropic) à base de thorium.

Le choix du carbure de silicium (SiC) n’est pas anodin : c’est une céramique ultra-résistante capable de tenir jusqu’à environ 3000 °C sans dégrader ses propriétés. A titre de comparaison, l’acier inoxydable classique se ramollit dès 550 °C et fond vers 1 400 °C. Ce matériau est en outre très résistant à l’irradiation neutronique, ce qui en fait un candidat idéal pour le nucléaire ; jusqu’ici, personne n’avait réussi à imprimer une pièce nucléaire de cette taille en SiC, d’où la revendication de première mondiale sur ce plan précis.

Détail industriel notable : l’imprimante utilisée — un appareil d’environ trois mètres sur trois mètres, qui traitait déjà des commandes commerciales — vient d’une entreprise sœur, créée par Brian Matthews, qui produit déjà des pièces industrielles pour d’autres secteurs, notamment le transport maritime. Ampera revendique cette intégration verticale comme un avantage compétitif majeur.

Une sûreté passive… doublée d’une IA embarquée

Côté sûreté, l’entreprise met d’abord en avant une approche passive : la sécurité est obtenue par la conception du cœur et ses caractéristiques physiques, réduisant la dépendance aux systèmes actifs et à l’intervention humaine.

Mais Ampera va plus loin avec un concept baptisé Safeguards-by-Design : une intelligence artificielle embarquée surveille les paramètres du réacteur, gère les alarmes, trace les matières nucléaires et propose des corrections en temps réel, les opérateurs restant dans le circuit mais leur intervention étant minimisée.

Afin de sécuriser sa chaîne d’approvisionnement, Ampera a annoncé en juin la création d’une filiale australienne destinée à garantir l’approvisionnement en thorium et à soutenir la production américaine de combustible nucléaire avancé. Cette filiale gère l’extraction et la logistique de transport initiale de la ressource brute, Ampera assurant ensuite la transformation en interne via un réseau d’approvisionnement localisé.

En matière de puissance, les systèmes nucléaires d’Ampera devraient fournir jusqu’à 30 MWe (mégawatts électriques), des configurations plus importantes étant déjà prévues.

Un positionnement dual assumé

Brian Matthews a déclaré que « nos réacteurs sont conçus pour les marchés qui ont le plus besoin d’énergie : les centres de données d’IA, la défense, l’industrie et le secteur maritime ».

Cette orientation vers la défense et le maritime s’inscrit dans une tendance plus large du secteur des microréacteurs, où la promesse d’une énergie dense, transportable et modulaire répond directement aux besoins d’autonomie énergétique des forces armées et des plateformes navales.

05 nov. 2026

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