05 nov. 2026

3 questions à Patrick Pailloux

Délégué général de l’Armement (DGA)

Cette 30e édition d’Euronaval est une première dans votre fonction. Quels sont les grands enjeux pour la DGA d’ici 2030 ?

D’abord sur le plan stratégique, le combat naval connaît des mutations profondes : contestation des espaces de souveraineté, menaces hybrides, vulnérabilité des infrastructures sous-marines. Pour la France, qui dispose de la deuxième zone économique exclusive au monde, préserver notre liberté d’action en mer est un enjeu majeur.

Du point de vue technologique, les ruptures s’accélèrent : combat collaboratif, drones et lutte anti-drones, guerre électronique, intelligence artificielle, cybersécurité. Elles nous imposent de repenser nos armements et de raccourcir les cycles de développement.

Cette semaine, ce que nous voyons sur Euronaval, c’est que la France dispose dans le domaine naval d’une expertise technique et industrielle exceptionnelle : porte-avions, sous-marins nucléaires, frégates de défense et d’intervention, systèmes de lutte anti-mines marines. Ces programmes structurants sont essentiels à notre autonomie stratégique.

Cette maîtrise du temps long doit désormais s’accompagner d’une capacité à accélérer, grâce notamment aux Centres experts référents de la DGA de combat, qui réunissent nos experts et des opérationnels de terrain pour développer, tester et acquérir rapidement des solutions.

Quelles innovations de rupture équiperont les futurs navires de la Marine nationale (SNLE 3G, FDI, porte-avions nouvelle génération) ?

Difficile de prédire ce que sera précisément la guerre de demain mais le combat du futur évoluera au rythme de deux transformations particulièrement structurantes : la dronisation et le numérique.

La dronisation étend les capacités d’action en multipliant les capteurs et les effecteurs : les drones aériens, de surface et sous-marins permettent d’étendre la surveillance, de multiplier les points de détection, d’explorer les fonds marins et de diversifier les moyens d’action, tout en limitant l’exposition des équipages. L’enjeu n’est pas d’ajouter des drones à la flotte, mais de les faire coopérer avec les navires, les aéronefs et les systèmes de combat existants.

La numérisation, elle, connecte les systèmes pour améliorer la compréhension de la situation et accélérer la prise de décision : la donnée devient centrale, et la DGA mène des travaux pour fusionner les informations issues de capteurs multiples, en s’appuyant sur des architectures numériques ouvertes, interopérables et évolutives.

Dassault vient de livrer un F5 à la DGA pour des tests. Y aura-t’il une version navale ?

Il y aura bien une version navale du Rafale F5.

A ce jour, le centre d’essais et d’expertise DGA Essais en vol (EV) a été livré par le premier avion banc d’essais (ABE), qui permettra à terme de réaliser les essais du futur standard F5.

Un ABE est un avion profondément modifié, équipé de moyens de mesures, d’enregistreurs de données et une liaison de données avec les équipes de conduite d’essais au sol qui permet d’éprouver en conditions réelles les technologies aéronautiques futures : systèmes de navigation et d’attaque, capteurs, armements, systèmes de communication ou encore logiciels de bord.

Livré au standard F4.1, le Rafale ABE sera modifié en profondeur par les experts de DGA EV, avec le soutien de Dassault Aviation, afin d’y intégrer des installations d’essais et de mesures, et ainsi déployer le standard F5.

05 nov. 2026

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