04 nov. 2026

SEA.AI : donner des yeux aux navires autonomes

SEA.AI mise sur sa « Machine Vision » pour compléter les capacités du radar et de l’AIS. Grâce à des capteurs électro-optiques et infrarouges couplés à une IA embarquée, ses systèmes détectent, classifient et estiment en temps réel la distance des objets présents à la surface de l’eau.

  • Les systèmes Sentry et Watchkeeper déclinent la technologie de « Machine Vision » pour différentes plateformes.
  • Vue 3D du Sentry Black, système de « Machine Vision » de SEA.AI.
© SEA.AI

Une petite embarcation, un objet flottant, un homme à la mer ou un drone de surface ne sont pas toujours aisés à détecter avec les moyens traditionnels. Le radar peut rencontrer des difficultés avec les petites cibles très basses sur l’eau, quand le système d’identification automatique (AIS) ne renseigne que sur les navires qui transmettent leur position. SEA.AI ajoute une autre capacité : la perception visuelle. Ses systèmes analysent en effet en temps réel les images fournies par des capteurs électro-optiques et infrarouges, directement à bord grâce à l’« edge computing » : un système de traitement des données au plus près des capteurs, sans dépendre d’une connexion extérieure.

Avec le développement des USV (« uncrewed surface vessels », ou navires de surface sans équipage), cette capacité de perception prend une nouvelle dimension. Un drone de surface doit pouvoir appréhender son environnement, y compris les objets qui ne transmettent aucune information. La vision artificielle constitue une brique supplémentaire pour l’autonomie et la connaissance de la situation.

La Machine Vision est déclinée dans plusieurs systèmes adaptés à différents types de plateformes. SEA.AI propose ainsi une gamme allant du Sentry, d’environ 6,2 kg, au Watchkeeper, de moins d’un kilogramme. Elle permet d’équiper des plateformes très différentes, avec ou sans équipage.

Pour les applications de défense, la technologie présente un autre intérêt : elle est passive. Contrairement au radar, les capteurs optiques et infrarouges n’émettent pas de signal pour observer leur environnement. La fonction de perception ne dépend en outre pas du GNSS. Ainsi, même en cas de brouillage ou de falsification du signal GPS, les capteurs continuent à fournir une information visuelle sur l’environnement.

« Dans un contexte de tensions croissantes, les technologies évoluent vite. Un capteur qui émet un signal peut être détecté ou brouillé : un risque qui s’accentue à mesure que ces moyens de brouillage se banalisent. Développée en Europe, notre technologie de Machine Vision maritime ne dépend ni d’une émission active ni d’un signal de positionnement satellite. Elle apporte donc une source d’information supplémentaire pour renforcer la connaissance de la situation maritime, de jour comme de nuit. Déjà éprouvée en mer et facilement déployable, elle s’intègre de plus en plus aux systèmes de surveillance existants », souligne Marcus Warrelmann, directeur général de SEA.AI.

Du sauvetage à la surveillance : une technologie opérationnelle

Les applications couvrent aussi bien la détection d’hommes à la mer, la surveillance du littoral, la protection des ports et des bases navales, ou la détection de petites embarcations et de dangers flottants. Pour le sauvetage, SEA.AI annonce une capacité de détection d’un homme à la mer pouvant atteindre environ 700 mètres, selon les conditions et la configuration du système. Dans le domaine militaire, la technologie peut également contribuer à détecter, suivre et classifier de petits drones de surface potentiellement hostiles. Elle apporte une information supplémentaire aux opérateurs, la décision opérationnelle restant humaine.

SEA.AI entend surtout se distinguer par une technologie déjà industrialisée et déployée. En 2024, l’entreprise a remporté un contrat européen de plusieurs millions d’euros pour équiper une flotte de navires autonomes dans le domaine de la défense. Son ambition est de compléter les capteurs existants, plutôt que les remplacer, en donnant aux navires et aux plateformes autonomes une capacité de perception supplémentaire.

Fondée en 2018 sous le nom « Oscar », devenue SEA.AI en 2022, l’entreprise franco-autrichienne est née de la rencontre entre l’expertise maritime bretonne et les technologies de vision artificielle issues notamment du secteur automobile. La technologie a d’abord été développée pour la course au large, où détecter suffisamment tôt un obstacle flottant peut être déterminant pour la performance, comme pour la sécurité.

« On a commencé par vouloir résoudre un problème très concret : permettre à un skipper de course au large de voir la nuit ce que ses instruments ne voyaient pas. Il fallait donc une technologie fiable, compacte et peu énergivore, capable de fonctionner longtemps dans un environnement difficile. Il fallait aussi que le traitement se fasse directement à bord, en edge computing, sans dépendre d’une connexion permanente. On ne pensait pas du tout à la défense en écrivant les premiers algorithmes. Mais en mer, quelle que soit la plateforme, on retrouve les mêmes exigences : autonomie, robustesse et faible consommation énergétique. C’est assez naturellement que notre technologie a ensuite été sollicitée pour d’autres usages et plateformes, bien au-delà du voilier », précise Solenn Gouerou, directrice marketing et membre fondatrice de SEA.AI.

Cette technologie est ainsi aujourd’hui utilisée dans la plaisance, le transport maritime, le sauvetage en mer et sur des plateformes autonomes, avec plus de 1 300 systèmes actuellement en fonctionnement.

04 nov. 2026

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