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Destinus change d’échelle et se tient prêt à produire en masse
Avec plusieurs usines en Europe et des produits déjà opérationnels sur le flanc Est, Destinus accélère ses développements avec l’ambition de compléter l’offre européenne de missiles et de drones.
À l’origine, Destinus travaillait sur un concept d’avion hypersonique à hydrogène destiné au marché civil. Le conflit en Ukraine a profondément réorienté la trajectoire de l’entreprise, qui s’est rapidement tournée vers les drones puis vers les systèmes d’armement pour la frappe en profondeur. Mais, selon Destinus France, cette évolution ne constitue pas une rupture : le fil conducteur reste l’association entre innovation, itération et industrialisation.
« Le fil conducteur, c’est d’associer l’innovation avec une vraie réflexion industrielle », résume Destinus. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de concevoir des technologies nouvelles, mais de penser, dès leur développement, à leur capacité à être produites en quantité, à un coût compatible avec les besoins croissants opérationnels.
Produire en nombre et à coût compétitif
Cette philosophie répond directement aux enseignements tirés de la guerre en Ukraine. « Le conflit a remis au premier plan la capacité des industriels à produire rapidement des volumes importants de drones, de munitions et de missiles, tout en conservant des coûts suffisamment bas pour supporter une consommation élevée », note l’entreprise néerlandaise.
Ainsi, l’objectif de Destinus n’est pas de reproduire les systèmes les plus sophistiqués de l’industrie missilière européenne pour devenir un concurrent, mais à proposer des solutions venant compléter les arsenaux existants.
L’objectif est de disposer de chaînes de production entièrement européennes, afin de réduire les dépendances extérieures. « On est arrivé à un niveau où on est en mesure de produire en nombre pour fournir un ensemble de marchés et compléter les arsenaux », affirme Destinus.
L’Ukraine comme accélérateur d’itération
Destinus met également en avant une autre particularité de son modèle : le retour d’expérience opérationnel. L’entreprise affirme être présente en Ukraine depuis 2022, avec des systèmes employés dans des missions d’interception et dans la profondeur.
Cette expérience alimente directement le développement des produits. Les données de télémétrie, les conditions d’emploi, les concepts d’opération et les besoins exprimés par les utilisateurs peuvent ainsi être réinjectés dans les programmes suivants.
Cette logique permet à l’entreprise de multiplier les itérations. Le passage d’une première génération de produits à des versions successives doit permettre d’intégrer rapidement les enseignements du terrain, notamment dans les domaines de la guerre électronique, du brouillage et de la résistance aux contre-mesures.
« Nos ingénieurs sont en mesure de récupérer ces informations-là […] et de pouvoir l’appliquer directement au développement des produits », explique Destinus.
Cette approche doit notamment permettre d’accélérer le développement des différentes versions de ses systèmes. L’entreprise indique ainsi travailler déjà sur une nouvelle génération
Plusieurs usines en Europe
Pour soutenir cette stratégie, Destinus affirme disposer désormais de plusieurs sites industriels en Europe : Pays-Bas, Espagne, Allemagne et Suisse. L’entreprise précise qu’elle maîtrise ses capacités de production, auxquelles s’ajoutent des sites de production et de logistique en Ukraine, dont elle ne souhaite pas préciser le nombre.
Cette implantation industrielle constitue, selon elle, une différence importante avec certaines start-up européennes encore largement dépendantes de capacités de production externes.
Le recrutement de Anne-Pascale Guedon, directrice générale de Destinus France, issue de grands groupes industriels du secteur de l’auto-défense a contribué accélérer ses succès en France. Le groupe envisage ainsi d’ouvrir de nouvelles usines en France grâce à ses commandes avec la DGA et ses partenariats industriels.
Cette montée en puissance industrielle s’accompagne d’un développement des coopérations avec les grands acteurs européens de la défense. Destinus a notamment noué un partenariat avec Thales, dont les premières manifestations sont déjà visibles à travers la présentation de drones de l’entreprise sur différents événements et démonstrations.
La coopération dépasse toutefois le seul domaine des drones. Thales participe également à un consortium réunissant notamment Safran, Airbus et MBDA autour du développement d’un missile exo-atmosphérique.
Hornet et les intercepteurs de drones
Euronaval doit constituer une nouvelle étape dans cette stratégie. Destinus y mettra notamment en avant sa gamme d’intercepteurs de drones, dont le développement s’appuie sur des travaux internes mais aussi sur des contrats récemment conclus avec plusieurs marines européennes.
L’entreprise cite notamment les versions navalisées de la famille d’intercepteurs de drones Hornet, et en négociation avec d’autres marines européennes. Des travaux et exercices conduits avec la Marine française doivent également être mis en avant.
Destinus prévoit par ailleurs de poursuivre le développement de ses missiles aéro-largables, avec des réflexions autour de solutions pouvant être projetées via des plateformes de transport tactique telles que l’A400M.
Vers une nouvelle étape en 2027
Cette stratégie doit maintenant se traduire par l’arrivée de nouveaux systèmes sur le marché. Destinus annonce notamment poursuivre les essais du missile Vorexon avec une perspective de commercialisation annoncée pour 2027.
L’entreprise entend ainsi poursuivre le même cycle : développer rapidement, tester, recueillir les enseignements du terrain, puis faire évoluer le produit tout en augmentant les capacités de production.
Pour Destinus, l’enjeu n’est donc plus seulement de démontrer qu’une start-up peut développer rapidement de nouvelles technologies de défense. Il s’agit désormais de démontrer qu’elle peut transformer cette vitesse d’innovation en capacités industrielles européennes, capables de produire des volumes importants et de répondre aux besoins opérationnels qui émergent sur le champ de bataille.
- Pascal Samama