3 questions à François Lefebvre
Directeur général délégué de Fédération bancaire française (FBF)
Les banques françaises sont investies depuis longtemps dans le secteur de la défense. Les ministères des Armées et de l’Économie ont analysé le bilan de toutes les sociétés de la BITD en 2021 : ils estimaient qu’elles étaient plus endettées que d’autres secteurs industriels équivalents.
L’agression russe de l’Ukraine en 2022 a encore accru l’ampleur de cet engagement. Entre 2021 et 2025, il a augmenté de 75%, pour atteindre plus de 46,6 milliards d’euros de financements (crédits et engagements hors bilan) au 31 décembre 2025.
Financer la défense demande plus d’efforts à une banque ou à une assurance. Par exemple, pour une exportation, il y a le contrôle des exportations, des acheteurs qui sont politiquement exposées, etc. Pour autant, les banques françaises accompagnent ces entreprises et ont la volonté d’accompagner toutes ces entreprises.
Sous quelle forme les investisseurs français les accompagnent-ils ?
Pour les banques françaises, la forme la plus classique est le crédit. L’ensemble des financements (crédits et hors bilan) a augmenté de 75% par rapport à fin 2021 et de 25% par rapport à fin 2024. Il s’agit de prêts d’investissement, de lignes de trésorerie, d’engagements hors bilan…
Puis, lors d’exportations, les banques prêtent aux clients étrangers pour qu’ils achètent du matériel de la BITD française : 12,2 milliards d’euros d’encours de crédit acheteur fin décembre 2025.
Concernant les fonds propres, plus de 500 millions d’euros injectés de leurs propres ressources dans les capitaux de sociétés de la BITD française : c’est moins courant parce qu’un euro investi au capital d’une entreprise coûte à une banque environ cinq fois plus en fonds propres qu’un euro prêté.
En plus, les banques françaises ont créé 30 fonds dédiés à la défense, à la souveraineté pour lever des ressources en capital pour les PME, ETI, start-ups non cotées. Exemples : Société Générale Assurances, aux côtés de CNP Assurances, filiale de la Banque Postale, ont noué un partenariat avec Tikehau Capital pour lancer le fonds Tikehau Défense et Sécurité.
BPCE a été la première institution financière européenne à émettre le 28 août 2025, un « European Defence bond » réalisé par une institution financière en Europe. BNP Paribas a également lancé en octobre 2025 une émission inaugurale de son EU Sovereignty Bond.
Je signale aussi les que les six grandes banques françaises ont signé des accords avec le ministère des Armées pour la réserve opérationnelle de nos salariés (jusqu’à 20 jours par an sous les drapeaux rémunérés par l’employeur).
Quelles sont les perspectives à moyen terme pour les investissements bancaires français dans la BITD ?
Selon les calculs des ministères des Armées et de l’Économie, à horizon 2030, le besoin de financements nouveaux de la BITD s’élève à 7 milliards d’euros, dont 1 à 3 milliards en fonds propres.
Or, avec la fin en 2032 des dispositions transitoires du règlement européen Capital Requirements Regulation (CRR), il faudra 54% de fonds propres supplémentaires pour le même prêt réalisé aujourd’hui. Concrètement, pour un prêt de 5 millions d’euros à une entreprise non notée, les banques immobilisent aujourd’hui 390 000 € de fonds propres. En 2032, sera 600 000 €, soit 54% de plus.
La Fédération bancaire française a alerté les pouvoirs publics car au final, ce sont les entreprises qui devront payer plus cher leurs emprunts… Ces règles issues du comité de Bâle datent de décembre 2017. Il serait bon de l’adapter à la situation de 2026. La Commission européenne a pris bonne note de nos observations. Elle devrait faire des propositions en mars 2027, pour mettre à niveau la réglementation bancaire face aux nouveaux défis géopolitiques.
- Aude Leroy