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BPCE mise sur la résilience de la supply chain et l’élargissement des financements
Face à la montée en puissance des besoins de l’industrie de défense, le groupe BPCE renforce son organisation. Pour Emmanuel Georges Michelin, directeur adjoint des affaires publiques et référent défense du groupe, l’enjeu porte avant tout sur l’identification des acteurs de la supplychain et leur accès aux fonds propres.
Emmanuel Georges Michelin, directeur adjoint des affaires publiques et référent défense du groupe.
© Pascal Samama
La montée en puissance de l’industrie de défense ne concerne pas uniquement les grands maîtres d’œuvre. Elle repose aussi sur un vaste tissu d’entreprises, parfois peu connues du secteur, qui fournissent les composants, les équipements et les compétences indispensables à la production des systèmes d’armes. Cet écosystème est composé d’entreprises de toutes tailles et basée dans toutes les régions de France.
Le groupe BPCE, présent depuis longtemps auprès des industriels de défense, a structuré son dispositif pour renforcer sa proximité avec les entreprises. Depuis environ un an, ses différents réseaux régionaux disposent de référents défense, chargés d’être les interlocuteurs directs des équipes commerciales et des clients sur le terrain.
« Il y a de la défense partout », souligne Emmanuel Georges Michelin. La frontière de la base industrielle et technologique de défense (BITD) tend même à s’élargir, avec l’arrivée d’entreprises historiquement positionnées sur des marchés civils, mais qui se tournent désormais vers les applications militaires. Dans la supply chain, les modèles hybrides sont même devenus particulièrement fréquents.
Le modèle dual et l’export comme facteurs de résilience
Pour le responsable de BPCE, cette diversification constitue un facteur essentiel de solidité économique. Mais il conseille aussi aux entreprises de développer leur présence à l’international. Le modèle repose ainsi sur trois piliers : la défense, le civil et l’export.
« Cette combinaison permet d’amortir les fluctuations de chacun des marchés. Un ralentissement des commandes militaires, par exemple lié à des retards budgétaires, peut être compensé par les débouchés civils ou internationaux. À l’inverse, une contraction de l’activité civile peut être absorbée grâce aux marchés de défense et aux contrats à l’export », explique Emmanuel Georges Michelin.
« Avec nous en tant que financeurs, cela permet d’amortir les chocs. C’est un élément de résilience extrêmement important pour le secteur défense », poursuit-il.
Cette approche répond également aux caractéristiques du marché européen. Contrairement aux États-Unis, dont le marché domestique offre une profondeur suffisante pour soutenir certains programmes industriels, les entreprises européennes doivent davantage s’appuyer sur les exportations pour équilibrer leurs modèles économiques.
L’accélération des cadences de production et la dégradation de l’environnement géostratégique renforcent cette nécessité. Pour les industriels comme pour leurs partenaires financiers, disposer d’une supply chain suffisamment diversifiée et solide est devenu un enjeu central.
Financements et conseil aux entreprises
L’accompagnement proposé par BPCE ne se limite pas aux prêts bancaires classiques. Il comprend également des garanties et des solutions destinées à soutenir les investissements industriels. Le groupe a par ailleurs développé des offres spécifiques ou adaptées aux particularités du secteur de la défense. Il s’appuie notamment sur BPCE Partners Conseil, une structure construite en partenariat avec Eurogroup, qui accompagne les dirigeants dans leurs projets stratégiques : financement, transmission d’entreprise, restructuration ou recherche de débouchés à l’export.
La question de la transmission constitue un sujet particulièrement sensible pour une filière composée de nombreuses PME et entreprises familiales, dont certaines détiennent des compétences industrielles stratégiques. Le groupe a également mobilisé des dispositifs de financement européens. BPCE indique avoir été le premier réseau bancaire à bénéficier d’une enveloppe de la Banque européenne d’investissement (BEI), à hauteur de 30 millions d’euros, destinée au financement des entreprises de la supply chain de défense.
Le mécanisme repose sur une contre-garantie de la BEI, qui sécurise une partie du risque et permet à la banque d’élargir le nombre d’entreprises susceptibles d’être accompagnées. Les 30 millions d’euros mobilisés constituent ainsi une ressource initiale susceptible de produire un effet de levier sur les financements accordés. À l’échelle de l’ensemble du secteur bancaire français, les encours consacrés au financement de la BITD atteindraient désormais, selon Emmanuel Georges Michelin, environ 50 milliards d’euros.
Identifier les entreprises trop discrètes
Pour BPCE, l’un des enjeux majeurs des prochaines années sera de mieux connaître les entreprises qui composent les rangs les moins visibles de la supplychain. Le groupe revendique une position particulière, grâce à son implantation territoriale et à sa clientèle qui couvre l’ensemble du spectre industriel depuis lesgrands donneurs d’ordres jusqu’aux start-ups. Cette connaissance du tissu économique local constitue un atout pour identifier les entreprises susceptibles de contribuer à l’effort de réarmement. Car si les grands acteurs de la défense sont déjà bien identifiés par les investisseurs, une partie de leurs fournisseurs et sous-traitants demeure moins connue.
« Au début, les fonds regardent surtout les acteurs qui sont connus. Après, il y a tous les autres, les plus petits moins connus », observe Emmanuel Georges Michelin.
Le financement bancaire n’est donc pas nécessairement le principal point de blocage. « Ce n’est pas une question de ressources. La ressource, on l’a, on prête et on accompagne nos clients. La question qui va plus se poser aujourd’hui, c’est la mobilisation plutôt en fonds propres », affirme-t-il. « Ils sont indispensables pour financer certains projets d’innovation, renforcer les capacités de production ou accompagner la croissance des entreprises ».
Encore faut-il identifier les acteurs concernés et qualifier précisément leur positionnement dans la chaîne de valeur de défense. Ce travail devra être mené non seulement avec les organisations professionnelles, notamment le GICAN, le GICAT et le GIFAS, mais aussi avec la DGA et les services de l’État.
Au-delà des grands industriels déjà établis, l’enjeu est désormais de faire émerger les entreprises de second rang, parfois issues du monde civil, qui pourraient devenir des maillons essentiels de la montée en puissance de la BITD française. Pour les banques, la connaissance de cette supply chain devient ainsi une condition déterminante pour orienter les financements et accompagner durablement le réarmement industriel.
- Pascal Samama