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Ocean Foresight : de la prévision acoustique océanique pour la Défense
Pour obtenir un avantage tactique aux marines alliées, la start-up deeptech Amphitrite propose le fruit de 15 ans de travaux interdisciplinaires : combinant imagerie satellite, IA, mesures à la surface de la mer et juste en-dessous, son innovation reconstruit la structure verticale de l’océan pour la lutte anti-sous-marine.
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© Amphitrite
La plateforme d’Amphitrite détecte et cartographie en temps réel, depuis l’espace, les structures qui parsèment les mers et les océans de la planète : des « tourbillons océaniques, comme de petites tempêtes, de rayons de dizaines à centaines de kilomètres », détaille Evangelos Moschos, l’un des trois co-fondateurs et CTO d’Amphitrite. « Ces tourbillons se déplacent très lentement et piègent des masses d’eau anormales en termes de température par rapport à leur densité, sur des semaines voire des années ».
Ces tourbillons laissent en surface une signature détectable depuis l’espace, que la plateforme croise avec les mesures in situ. Ces structures s’étendent verticalement, vers les profondeurs, parfois sur plusieurs centaines de mètres. Elles modifient le profil de vitesse du son sous la mer : le son se courbe et son énergie peut être piégée dans des chenaux acoustiques, ce qui réduit la portée effective des sonars et crée des zones d’ombre où un sous-marin peut se dissimuler. Ces zones sont parfois appelées ‘zones aveugles’. « Nous simulons pour prédire comment le son va se propager dans l’océan pour résoudre la question : où est-ce que peut se cacher un sous-marin dans l’océan ? », indique l’océanographe.
Un bénéfice immédiat pour la prise de décisions critiques
Ocean Foresight « reconstruit en 3D l’environnement, en combinant les données satellites de surface et les mesures des colonnes d’eau, avec l’aide de l’intelligence artificielle », explique Evangelos Moschos. « Sa fiabilité est supérieure à celle de la climatologie et aux simulations numériques. Amphitrite a participé au projet RAPID, validé par le Service Hydrographique et Océanographique de la Marine (SHOM) : il a montré une amélioration d’environ 60% par rapport aux modèles numériques utilisés aujourd’hui pour les besoins opérationnels de la Marine nationale, dans des zones de tourbillons, offrant un bénéfice immédiat pour des décisions critiques de détection. »
Optimisant l’emploi des sonars, la solution d’Amphitrite soutient tout opérateur utilisant tout type de sonars de coque, de bouées, d’avions de patrouille maritime, de sonars plongeants des hélicoptères et, à termes, de sous-marins.
Cette technologie est développée dans différents théâtres d’opérations à travers le monde, tels que la mer Méditerranée, l’Atlantique Nord, l’Arctique et la mer de Chine méridionale, avec la création de modèles souverains pour la DGA française, le DRDC canadien et le DSO singapourien. Des discussions avancées existent avec d’autres pays.
Amphitrite est issue de l’École polytechnique et du CNRS, où des travaux de recherche ont été menés pendant plus de dix ans en collaboration avec le SHOM et la DGA. Créée en 2021, la start-up compte 18 salariés dont sept docteurs en océanographie ou en intelligence artificielle. C’est sa première participation à Euronaval.
- Aude Leroy